دراسة محكمة
HJIRA Jihad
Doctorante, Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine, Rabat, Maroc. Laboratoire des sciences de l’archéologie et de l’archéomatériaux.
HAJILA Rabia
Enseignant chercheur, Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine, Rabat, Maroc.
Résumé
Cet article analyse les transformations contemporaines de la médiation culturelle du patrimoine à la lumière du marketing expérientiel. Dans un contexte marqué par l’évolution des pratiques culturelles et par la montée des attentes en matière d’expériences immersives et participatives, les dispositifs de médiation sont appelés à se renouveler en profondeur.
Longtemps associé à une logique strictement marchande, le marketing est ici envisagé dans sa dimension expérientielle et symbolique, susceptible d’enrichir la relation entre les publics et le patrimoine. À partir d’une revue critique de la littérature en sciences de l’information et de la communication, en études patrimoniales et en marketing, cet article propose de dépasser l’opposition traditionnelle entre logique culturelle et logique marchande.
L’analyse met en évidence les apports du marketing expérientiel dans la conception de dispositifs de médiation plus engageants en soulignant le role central de l’experience dans les processus d’appropriation du patrimoine. Sur cette base, l’article propose in fine un modèle conceptuel de médiation culturelle expérientielle structuré autour du triptyque « Expérience - Sens - Engagement », permettant d’articuler expérience vecue, production de sens et engagement durable des publics.
Mots-clés
Médiation culturelle ; Patrimoine ; Marketing expérientiel ; Médiation expérientielle ; Expérience ; Engagement ; Valeur symbolique.
This article analyzes the contemporary transformations of cultural heritage mediation through the lens of experiential marketing. In a context marked by evolving cultural practices and rising expectations for immersive and participative experiences, mediation frameworks are required to undergo profound renewal.
Long associated with a strictly market-driven logic, marketing is here considered in its experiential and symbolic dimensions, capable of enriching the relationship between audiences and heritage. Based on a critical literature review in Information and Communication Sciences, Heritage Studies, and Marketing, this article proposes to move beyond the traditional opposition between cultural and commercial logics.
The analysis highlights the contributions of experiential marketing in designing more engaging mediation tools, emphasizing the central role of experience in heritage appropriation processes. Ultimately, the article proposes a conceptual model of experiential cultural mediation structured around the "Experience - Meaning - Engagement" triptych, allowing for the articulation of lived experience, the production of meaning, and the long-term engagement of audiences.
Keywords Cultural mediation; Heritage; Experiential marketing; Experiential mediation; Experience; Engagement; Symbolic value.
Au cours des dernières décennies, le patrimoine s’est progressivement imposé comme un enjeu structurant des politiques culturelles contemporaines, à la croisée des dynamiques de transmission, de valorisation et de développement territorial. Loin d’être une entité figée, il est aujourd’hui appréhendé dans une perspective élargie, intégrant à la fois ses dimensions matérielles et immatérielles, et reconnu comme un vecteur de sens, d’identité et de mémoire collective.
Dans ce contexte, la médiation culturelle occupe une place centrale en tant que dispositif de mise en relation entre les objets patrimoniaux, les institutions et les publics. Elle ne se limite plus à une fonction de diffusion des savoirs, mais s’inscrit dans un processus plus complexe d’appropriation, d’interprétation et d’engagement.
Cependant, malgré ces évolutions, la médiation demeure encore largement marquée par des logiques transmissives. Elles peinent à intégrer pleinement les transformations contemporaines des pratiques culturelles caractérisées notamment par l’individualisation des expériences et le développement des usages numériques. Ces mutations ont profondément redéfini les attentes des publics, qui ne se contentent plus d’une réception passive des contenus, mais recherchent désormais des expériences immersives, sensibles et participatives. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large qualifié de « tournant expérientiel », qui traverse à la fois les secteurs culturels et marchands.
Dans ce cadre, le marketing, et plus particulièrement le marketing expérientiel, fait une entrée progressive dans le champ culturel. Longtemps perçu avec méfiance en raison de son association à une logique marchande susceptible de dénaturer les valeurs du patrimoine, il demeure souvent en tension avec les principes de transmission, d’authenticité et de préservation qui fondent l’action culturelle. Toutefois, cette opposition apparaît aujourd’hui réductrice au regard de l’évolution du marketing vers des logiques relationnelles, symboliques et centrée sur l’expérience.
Le marketing expérientiel, en mettant l’accent sur l’expérience vécue, la dimension émotionnelle et la création de valeur symbolique, offre des perspectives renouvelées pour penser la relation entre les publics et le patrimoine. Il permet d’envisager le marketing non plus comme un simple outil de promotion, mais comme un levier de construction de sens, susceptible d’enrichir les dispositifs de médiation culturelle. Dans cette perspective, l’expérience devient un espace de rencontre entre le patrimoine et les publics, favorisant une appropriation plus active et plus durable.
Dès lors, la question centrale de cet article peut être formulée ainsi : dans quelle mesure le marketing expérientiel peut-il constituer un cadre pertinent pour repenser la médiation culturelle du patrimoine, tout en évitant les risques de marchandisation et d’instrumentalisation ?
L’objectif de cet article est de contribuer à ce renouvellement conceptuel en proposant une lecture intégrée des apports du marketing expérientiel dans le champ de la médiation culturelle. A travers une analyse théorique fondée sur une revue critique de la littérature en sciences de l’information et de la communication, des études patrimoniales et du marketing, il s’agit de dépasser l’opposition traditionnelle entre logique culturelle et logique marchande.
La contribution principale réside dans la proposition d’un modèle conceptuel de médiation culturelle expérientielle, structuré autour du triptyque « Expérience - Sens - Engagement », permettant d’articuler la dimension sensible de l’expérience, la production de sens et l’engagement des publics.
Sur le plan méthodologique, cet article repose sur une approche analytique et inductive, visant à articuler différents champs théoriques afin de faire émerger un cadre de compréhension renouvelé. Bien que résolument théorique, cette réflexion s’inscrit dans une dynamique de recherche appelée à être prolongée par des investigations empiriques, notamment dans le contexte marocain, où la richesse et la diversité du patrimoine offrent un terrain particulièrement pertinent pour analyser les formes contemporaines de médiation.
Dans cette perspective, l’article s’organise en trois parties. La première revient sur les fondements de la médiation culturelle du patrimoine, en mettant en évidence ses évolutions et les tensions qui la traversent. La deuxième propose une analyse du marketing expérientiel, et de ses apports conceptuels. Enfin, la troisième partie vise à dépasser l’opposition entre marketing et culture, en proposant un cadre de médiation expérientielle renouvelée.1. La médiation culturelle du patrimoine: fondements et tensions contemporaines
1.1. Évolution de la notion de médiation culturelle
La médiation culturelle s’est progressivement imposée comme un concept central dans l’analyse des politiques culturelles et des dispositifs de valorisation du patrimoine. Initialement associée à une fonction de transmission des savoirs, elle renvoie principalement à des pratiques pédagogiques visant à rendre accessibles des contenus culturels à des publics considérés comme éloignés ou non initiés. Dans cette perspective, la médiation s'inscrivent dans une logique descendante, où l’institution occupe une position d’autorité dans la production et la diffusion du sens.
À partir des années 1980 et 1990, cette conception a été progressivement remise en question au profit d’une approche plus interactionnelle. La médiation est désormais envisagée comme un dispositif de mise en relation, au sein duquel se construit dans l’interaction entre les objets, les institutions et les publics. Elle ne peut être réduite à un simple transfert d’information, mais doit être comprise comme un processus dynamique de co-construction du sens.
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation des paradigmes culturels, marqué par une attention accrue portée aux publics et à leurs pratiques. La médiation culturelle devient alors un espace d’interaction symbolique où se jouent des enjeux de reconnaissance, d’identité et d’expérience. Les significations ne sont plus considérées comme fixes, mais comme évolutives, circulant et se transformant au gré des contextes et des usages.
Ainsi comprise, la médiation culturelle dépasse aujourd’hui le cadre strict de la transmission pour intégrer des dimensions participatives, sensibles et expérientielles. Elle tend à se définir comme un processus ouvert, situé et dépendant des contextes d’usage, traduisant un déplacement majeur : d’une médiation centrée sur l’œuvre vers une médiation centrée sur la relation entre l’œuvre et les publics.
1.2. Patrimoine, publics et processus d’appropriation
L’évolution de la médiation culturelle est étroitement liée aux transformations contemporaines de la notion de patrimoine. Celui-ci n’est plus appréhendé comme un ensemble d’objets figés à conserver, mais comme une construction sociale et culturelle en constante reconfiguration (Smith, 2006). La reconnaissance du patrimoine immatériel, notamment à travers la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO (2003), a contribué à élargir cette conception en intégrant des pratiques, des savoir-faire et des expressions vivantes.
Dans cette perspective, le patrimoine se définit moins par sa matérialité que par les significations qui lui sont attribuées. Il devient un support d’identification, de mémoire et de narration collective. Cette dimension dynamique implique de repenser la relation entre patrimoine et publics, non plus en termes de réception, mais d’appropriation.
L’appropriation constitue un processus central de la médiation culturelle. Elle renvoie à la manière dont les individus s’emparent des contenus patrimoniaux, les interprètent et les intègrent à leur propre univers de sens. Ce processus est nécessairement subjectif, situé et pluriel, dépendant à la fois des expériences individuelles, des cadres culturels et des dispositifs de médiation.
Dans ce cadre, les publics ne peuvent plus être envisagés comme une catégorie homogène. Ils se caractérisent par la diversité de leurs attentes, de leurs pratiques et de leurs modes d’engagement. Les pratiques culturelles contemporaines (Lipovetsky & Serroy, 2013), montrent que les individus recherchent des expériences signifiantes, mobilisant à la fois des dimensions cognitives, émotionnelles et sensorielles.
Ainsi, la médiation culturelle est amenée à évoluer vers des formes plus flexibles et plus inclusives, capables de prendre en compte cette diversité. Elle ne vise plus uniquement la compréhension des œuvres, mais également l’engagement des publics, dans une logique d’expérience vécue. Ce déplacement ouvre la voie à un rapprochement avec les approches expérientielles.
1.3. Limites des approches traditionnelles de médiation
Malgré ces évolutions, les pratiques de médiation culturelle demeurent largement marquées par des approches traditionnelles qui peinent à répondre aux mutations contemporaines. Ces approches reposent souvent sur une logique de transmission descendante, centrée sur les contenus, au détriment de l’expérience vécue par les publics.
L’une des principales limites réside dans le maintien d’une conception normative de la culture, dans laquelle l’institution définit les cadres d’interprétation légitimes. Cette posture peut engendrer une distance entre les dispositifs de médiation et les attentes des publics, en particulier ceux les plus éloignés des institutions culturelles. Elle contribue également à reproduire des formes de hiérarchisation symbolique.
Par ailleurs, la focalisation sur la transmission des connaissances tend à négliger les dimensions émotionnelles, sensorielles et immersives de la relation au patrimoine. Or, ces dimensions jouent un rôle déterminant dans l’engagement des publics. Leur absence limite la capacité des dispositifs de médiation à susciter une véritable appropriation.
Enfin, les approches traditionnelles se heurtent à un environnement marqué par la diversification des offres culturelles et l’influence croissante des technologies numériques. Les publics sont désormais exposés à des expériences variées, souvent interactives et personnalisées, qui redéfinissent leurs attentes.
Ces limites mettent en évidence la nécessité de repenser les fondements de la médiation culturelle. Elles ouvrent la voie à l’exploration de cadres théoriques alternatifs, capables d’intégrer pleinement la dimension expérientielle de la relation au patrimoine.
2.1. Définition et principes du marketing expérientiel
Le marketing expérientiel s’inscrit dans une évolution des paradigmes du marketing, marquée par le passage d’une logique centrée sur le produit et ses caractéristiques fonctionnelles à une approche fondée sur l’expérience vécue par l’individu. Cette transformation repose notamment dans les travaux fondateurs de Holbrook et Hirschman (1982), qui mettaient en évidence le rôle des dimensions hédoniques, émotionnelles et symboliques dans les pratiques de consommation.
Dans cette perspective, le marketing ne se limite plus à la satisfaction des besoins utilitaires, mais vise à concevoir des dispositifs capables de susciter des expériences significatives. L’approche développée par Pine et Gilmore (1999) autour de l’« économie de l’expérience » souligne que la valeur réside désormais dans l’expérience proposée, et non plus uniquement dans le produit ou le service.
Schmitt (1999) prolonge cette réflexion en définissant le marketing expérientiel comme une stratégie visant à créer des expériences holistiques, mobilisant des dimensions sensorielles, affectives, cognitives, comportementales et relationnelles. L’expérience est ainsi envisagée comme un phénomène multidimensionnel, résultant de l’interaction entre un individu et un environnement conçu pour générer des significations, qui ne se réduit pas à une simple interaction ponctuelle, mais s’inscrit dans un ensemble cohérent de stimuli et de significations.
Le marketing expérientiel se caractérise dès lors par plusieurs principes fondamentaux : la centralité de l’expérience vécue, l’importance de l’engagement émotionnel, la participation active des individus et une conception élargie de la valeur intégrant des dimensions subjectives et symboliques. Ce déplacement témoigne d’une reconfiguration des attentes des publics, désormais en quête de sens, d’émotions et d’implication personnelle.
2.2. L’expérience comme vecteur d’engagement culturel
Dans le champ culturel, l’expérience constitue un levier central d’engagement, dépassant la simple logique de réception pour s’inscrire dans une relation active entre les individus et les dispositifs de médiation. La relation au patrimoine ne peut être réduite à une transmission de contenus ; elle implique une implication du sujet dans un processus d’interprétation et de construction de sens.
L’expérience culturelle se caractérise ainsi par son caractère subjectif, situé et multidimensionnel. Elle mobilise simultanément des dimensions cognitives, émotionnelles et sensorielles, contribuant à créer des formes d’engagement durables. Dans cette perspective, l’individu n’est plus un simple visiteur, mais un acteur de son propre parcours, capable d’interagir avec les dispositifs et d’en produire une interprétation singulière.
Les approches expérimentales de Pine et Gilmore (1999) mettent en évidence la capacité des expériences à générer de la valeur à travers leur caractère mémorable et leur intensité émotionnelle, tandis que Schmitt (1999) souligne l’importance de mobiliser différents registres d’expérience pour favoriser l’implication des individus. Transposées au champ patrimonial , elles permettent de concevoir la médiation comme la mise en scène de situations favorisant l’immersion, la participation et l’appropriation.
Ainsi l’engagement culturel ne se limite pas à la fréquentation des lieux patrimoniaux. Il renvoie à un ensemble de dimensions incluant l’attention, l’implication émotionnelle, la mémorisation et la capacité à attribuer du sens à l’expérience vécue. L’expérience apparait dès lors comme un vecteur privilégié de connexion entre les publics et le patrimoine, favorisant une appropriation plus profonde et durable.
2.3. Marketing expérientiel et création de valeur symbolique
L’un des apports majeurs du marketing expérientiel réside dans sa capacité à produire une valeur qui dépasse les dimensions fonctionnelles pour s’inscrire dans le registre du symbolique. En mettant l’accent sur le vécu des individus, il participe à la construction de significations, d’émotions et de représentations.
Cette conception élargie de la valeur trouve une résonance particulière dans le champ patrimonial, où les objets et les pratiques sont intrinsèquement porteurs de significations culturelles, historiques et identitaires. La valeur patrimoniale ne repose pas uniquement sur des caractéristiques matérielles, mais sur les processus de reconnaissance et d’attribution de sens.
Dans cette perspective, l’expérience de visite ne se limite pas à l’acquisition de connaissances, mais peut susciter des émotions, favoriser une immersion et permettre une projection dans une mémoire collective. Le marketing expérientiel, en mobilisant des dispositifs narratifs, sensoriels et interactifs, contribue à renforcer cette dimension symbolique.
Toutefois, l’intégration de ces logiques dans le champ patrimonial nécessite une vigilance particulière. Si elles permettent de renforcer l’engagement des publics, elles peuvent également entraîner des risques de simplification ou de spectacularisation du patrimoine. L’enjeu réside donc dans une mobilisation critique et contextualisée du marketing expérientiel, afin de préserver les finalités culturelles tout en renouvelant les formes de médiation.
3.1. Les limites d’une lecture strictement marchande du marketing
L’opposition entre marketing et patrimoine repose en grande partie sur une conception réductrice du marketing, assimilée à une logique exclusivement marchande. Dans cette perspective, son introduction dans le champ culturel est perçue comme une menace susceptible de compromettre les valeurs de transmission, d’authenticité et de préservation.
Cette lecture, héritée des approches transactionnelles du marketing, apparaît aujourd’hui insuffisante au regard des évolutions contemporaines. Le marketing ne se limite plus à une logique d’échange économique, mais intègre des dimensions relationnelles, symboliques et expérientielles.
Réduire le marketing à sa dimension marchande revient ainsi à ignorer sa capacité à structurer des relations et à produire du sens. Dans le champ patrimonial, cette réduction limite les possibilités d’innovation en matière de médiation, et contribue à maintenir une opposition artificielle entre culture et marché.
Dès lors, dépasser cette opposition implique de reconsidérer le marketing dans sa diversité, en reconnaissant que certaines de ses approches peuvent être mobilisées en cohérence avec les finalités culturelles.
3.2. Le marketing expérientiel comme levier de médiation
Le marketing expérientiel, en mettant l’accent sur la dimension émotionnelle et symbolique des expériences, offre des perspectives particulièrement pertinentes pour renouveler la médiation culturelle. Il permet de concevoir des dispositifs immersifs dans lesquels compréhension, émotion et participation se renforcent mutuellement.
Dans cette perspective, les publics ne sont plus de simples récepteurs d’informations, mais des acteurs de leur propre expérience. Ils participent à la construction du sens et intègrent le patrimoine à leur univers symbolique.
Les dispositifs de médiation intégrant des dimensions expérientielles – tels que la scénographie immersive, la narration interactive ou les technologies numériques – favorisent une implication plus forte des publics. Ils contribuent à renforcer la mémorisation, l’engagement émotionnel et l’appropriation.
Ainsi, loin de réduire le patrimoine à un objet de consommation, le marketing expérientiel peut constituer un levier de valorisation culturelle, à condition d'être mobilisé dans une logique respectueuse des finalités patrimoniales.
3.3. Un modèle de médiation expérientielle : « Expérience – Sens – Engagement »
L’articulation entre médiation culturelle et marketing expérientiel conduit à proposer un cadre conceptuel de médiation expérientielle structuré autour de trois dimensions interdépendantes : expérience, sens et engagement.
L’expérience constitue le point d’entrée dans la relation au patrimoine. Elle repose sur la mise en place de dispositifs capables de mobiliser les dimensions sensorielles, émotionnelles et cognitives des individus, favorisant ainsi une immersion et une interaction avec l’objet patrimonial.
Le sens émerge de cette expérience comme processus de co-construction. Il ne s’agit pas d’un contenu préétabli, mais d’une dynamique interprétative dans laquelle les publics produisent leurs propres significations en fonction de leurs références et de leur vécu.
L’engagement représente l’aboutissement de ce processus. Il se traduit par une implication durable des publics, pouvant prendre la forme d’un attachement au patrimoine, d’une fidélisation ou d’un lieu, la volonté de revisiter, la recommandation ou encore une sensibilisation accrue aux enjeux de préservation.
Ces trois dimensions s’inscrivent dans une dynamique circulaire : l’expérience génère du sens, qui favorise l'engagement, lequel renforce à son tour la disposition à vivre de nouvelles expériences. Ce modèle permet ainsi de dépasser l’opposition entre logique culturelle et logique marchande, en proposant une approche intégrée de la médiation.
La médiation culturelle du patrimoine connaît aujourd’hui des transformations profondes, liées à l’évolution des pratiques culturelles et des attentes des publics. Dans ce contexte, le marketing expérientiel apparaît comme un cadre théorique pertinent pour renouveler les approches de médiation, à condition d’ȇtre mobilisé de manière critique et contextualisée. Cet article a montré que l’opposition traditionnelle entre logique culturelle et logique marchande peut ȇtre dépassée au profit d’une approche intégrée, centrée sur l’expérience, la production du sens et l’engagement des publics.
Le modèle « Expérience – Sens – Engagement » proposé constitue une contribution à cette réflexion, en offrant une grille de lecture permettant d’articuler ces différentes dimensions.
Toutefois, ce cadre conceptuel appelle des prolongements empiriques. L’analyse des dispositifs de médiation expérientielle dans des contextes spécifiques, notamment au Maroc, permettrait d’en évaluer la pertinence et les limites. Dans un environnement marqué par le développement des techniques numériques, ces perspectives ouvrent des voies de recherche prometteuses pour le renouvellement des pratiques de valorisation du patrimoine culturel.
Bibiliographie
- Boltanski, Luc, & Chiapello, Ève. (1999). Le nouvel esprit du capitalisme. Paris : Gallimard.
- Carù, Antonella, & Cova, Bernard. (2007). Consuming experience. London : Routledge.
- Caune, Jean. (1999). Pour une éthique de la médiation : Le sens des pratiques culturelles. Grenoble : Presses universitaires de Grenoble.
- Davallon, Jean. (2003). La médiation : La communication en procès ? Hermès, La Revue, (38), 37–59.
- Filser, Marc. (2002). Le marketing de l’expérience : Un cadre conceptuel et ses implications managériales. Revue française de gestion, 28(141), 13–28.
- Heinich, Nathalie. (2009). La fabrique du patrimoine : De la cathédrale à la petite cuillère. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme.
- Holbrook, Morris Baldwin, & Hirschman, Elizabeth Caldwell. (1982). The experiential aspects of consumption: Consumer fantasies, feelings, and fun. Journal of Consumer Research, 9(2), 132–140.
- Jeanneret, Yves. (2008). Penser la trivialité : Volume 1. La vie triviale des êtres culturels. Paris : Hermès-Lavoisier.
- Kotler, Philip, & Keller, Kevin Lane. (2016). Marketing management (15th ed.). Pearson.
- Lipovetsky, Gilles, & Serroy, Jean. (2013). L’esthétisation du monde : Vivre à l’âge du capitalisme artiste. Paris : Gallimard.
- Pine, B. Joseph, & Gilmore, James H.. (1999). The experience economy: Work is theatre and every business a stage. Boston, MA : Harvard Business School Press.
- Roederer, Claire. (2012). Contribution à la conceptualisation de l’expérience de consommation : Émergence des dimensions de l’expérience. Recherche et Applications en Marketing, 27(3), 81–96.
- Schmitt, Bernd. (1999). Experiential marketing: How to get customers to sense, feel, think, act and relate to your company and brands. New York, NY : Free Press.
- Smith, Laurajane. (2006). Uses of heritage. London : Routledge.
- UNESCO. (2003). Convention for the safeguarding of the intangible cultural heritage. Paris : UNESCO.
commenter cet article …
/image%2F1217153%2F20250507%2Fob_a23457_whatsapp-image-2025-05-07-at-11-45-11.jpeg)
/image%2F1217153%2F20241028%2Fob_a62a7f_464671849-9955246817842858-37270405720.jpg)
/image%2F1217153%2F20251005%2Fob_188f69_whatsapp-image-2025-10-05-at-18-07-00.jpeg)
/image%2F1217153%2F20261011%2Fob_648994_.jpg)
/image%2F1217153%2F20261011%2Fob_a775ed_.jpg)
/image%2F1217153%2F20241119%2Fob_515712_464671849-9955246817842858-37270405720.jpg)
/image%2F1217153%2F20241120%2Fob_a46a2c_465019032-962743512335401-385197748554.jpg)